Histoire Ancienne

« Car être infini, telle est la nature du désir, et la plupart des hommes passent leur vie à le combler » (Aristote, « Politique »).

 

Thème musical 19 avril, 2009

Classé dans : Non classé — barsine @ 18:59


 

 

Petite mise à jour 3 mars, 2010

Classé dans : Non classé — barsine @ 11:11

Bonjour,
petit avis à ceux qui m’ont suivi sur ce blog, ça y est j’ai soutenu ma thèse en décembre et j’ai reçu la mention très honorable. Donc voilà me voici Docteur en histoire grecque et prête pour une nouvelle histoire…

 

 

Le LABIANA 11 août, 2009

Classé dans : Non classé — barsine @ 10:52

Bonjour,

Le laboratoire de recherche d’Histoire Ancienne de l’université de Corse, le LABIANA, a remis à jour son site web offrant plus de matières à ses interlocuteurs. Ainsi, vous retrouverez des sources latines et grecques, des articles, un glossaire, des gravures… enfin tout ce qui peut faire le bonheur des amoureux de l’Antiquité et de la Sagesse…

http://labiana.univ-corse.fr/index.php

 

 

Qui a tué Alexandre le Grand ? 9 mai, 2009

Classé dans : La MACEDOINE video — barsine @ 18:17

http://www.dailymotion.com/video/x6niam

 

http://www.dailymotion.com/video/x6nipn

 

http://www.dailymotion.com/video/x6niru

 

 

La Grèce d’Alexandre le Grand 3 mai, 2009

Classé dans : La MACEDOINE video — barsine @ 9:33

http://www.dailymotion.com/video/x6mzbs

http://www.dailymotion.com/video/x6mzgv

http://www.dailymotion.com/video/x6mzj5

 

 

Alexandre le Grand contre les Perses 28 avril, 2009

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http://www.dailymotion.com/video/x597ih

 

http://www.dailymotion.com/video/x597cp

 

 

Cleitos le Noir 13 avril, 2009

Classé dans : LA MACEDOINE — barsine @ 9:38

Fils de Dropidès, noble macédonien, et frère de Lanicé qui a élevé Alexandre, Cleitos le Noir naît aux alentours de 375 av. J.-C. Il est stratège (général) de Philippe II, puis d’Alexandre.
En 334, au cours de la bataille du Granique, Cleitos sauve la vie du roi. La version de l’épisode diffère selon les historiens. Alexandre, aux prises avec le Satrape perse Mithridate, le gendre de Darius, ne voit pas un ennemi derrière lui. D’après Diodore de Sicile et Quinte-Curce, il s’agit de Rhosacès. Au moment où le noble perse lève son arme pour frapper le roi, Cleitos surgit et lui tranche la main. Pour Plutarque et Arrien, c’est Alexandre qui tue Rhosacès, alors que Spitridrathès le menaçait. Arrien élargit l’amputation de ce dernier au bras, tandis que pour Plutarque, Cleitos lui transperce le corps. En 331, pendant la bataille de Gaugamèles, Cleitos est stratège de l’Ilè basilikè, l’Escadron royal, c’est-à-dire l’Agèma. Et un an plus tard, après la condamnation de Philotas, il devient, avec Héphestion, Hipparque (Commandant de cavalerie) des Hétaires (Compagnons). Stratège d’une grande loyauté aux yeux du roi, Alexandre lui confie la Satrapie de Bactriane, Artabaze ayant souhaité se retirer. Mais, quelques semaines plus tard, Cleitos perd la vie de manière dramatique.

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Nous sommes au cours de l’été 328. Les Macédoniens ont une journée consacrée à Dionysos, et, Alexandre, habituellement sacrifie, ce jour-là, au dieu. Cette année-là, le roi oublie le rite réservé à Dionysos, et sacrifie aux Dioscures. Pendant la beuverie qui se prolonge, au cours de laquelle on raille des stratèges macédo-niens qui ont mené, en 329, une campagne désastreuse contre Spitaménès, certains des sumpotoi (convives, buveurs), par flatterie à l’égard d’Alexandre, affirment que Castor et Pollux ne peuvent se comparer à Alexandre et ses “travaux”. Tout en buvant, d’autres se mettent à dénigrer Héraclès. Cleitos, qui depuis longtemps était irrité par l’adoption des coutumes Barbares par son roi, excité par la boisson, ne peut se maîtriser et com-mence à dire toute sa rancœur et qu’il ne peut tolérer ces outrages faits à la divinité ni qu’on témoigne à Alexandre une faveur sans valeur, en dépréciant la geste des anciens héros : la gloire d’Alexandre n’est si grande ni si admirable que les flatteurs le prétendent, et qu’elle est l’œuvre collective des Macédoniens. Le roi parvient à garder son calme. Puis comme certains, pour complaire à Alexandre et au mépris de toute justice, se mettent à dénigrer la mémoire de son père Philippe et la valeur de ses exploits. Cleitos, qui ne se possède plus, rétorque alors que Philippe mérite la célébration de ses hauts faits, et rabaisse Alexandre et ses prouesses. Il affirme que les expé-ditions de son père étaient certainement mieux menées que celles d’aujourd’hui, et lui reproche la mort d’Attale et de Parménion. Cleitos, maintenant complètement ivre, multiplie les reproches inju-rieux et rappelle au roi qu’il lui doit la vie au Granique. Alexandre ne peut en en-tendre plus, et, malgré l’intervention des Hétaires, il arrache la javeline d’un de ses gardes du corps – ou une sarisse –, et frappe à mort son ami, en lui suggérant d’aller rejoindre Philippe, Attale et Par-ménion. Selon Aristobule, Cleitos est entièrement responsable : quand Alexandre fou de colère se précipite sur lui pour le tuer, Cleitos est emmené par Ptolémée, fils de Lagos, à l’extérieur jusqu’au rempart et au fossé de la citadelle. Mais Cleitos réussit à revenir sur ses pas pour se heurter à Alexandre qui l’appelle. C’est à ce moment qu’il reçoit le coup de sarisse fatal. Se rendant compte simultanément de l’horreur de son acte, Alexandre tente alors de se donner la mort. Certains racontent qu’il fixe la sarisse à la cloison pour se jeter dessus : il est déshonorant de continuer à vivre après avoir tué son ami, sous l’influence du vin. Mais ses gardes saisissent la lance et transportent le roi effondré dans sa tente. Arrien rapporte également que, selon d’autres historiens, Alexandre, qui avait gagné son lit où il se lamente, appelle Cleitos par son nom et Lanicé qui l’avait élevé. Il ne cesse alors de se traiter d’assassin de ses amis, s’obstinant pendant trois jours à se pri-ver de nourriture et à refuser à son corps les autres soins nécessaires. Pour les devins, le courroux vient de Dionysos : Alexandre avait oublié de sacrifier au dieu…
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L’ivresse a certainement son rôle à jouer dans ce drame, mais Cleitos a mis au grand jour un conflit latent entre la génération de Philippe et celle d’Alexandre. Cleitos et les vétérans n’apprécient pas la politique d’assimilation perse menée par Alexandre. Ils ont du mal à comprendre le désir de leur roi de traiter les Barbares en amis plutôt qu’en vaincus, comme le recom-mandait Aristote. Il est encore plus difficile pour eux de voir Alexandre adopter le costume perse, et de respecter leurs coutumes. À cela s’ajoute la condamna-tion de Parménion, considéré comme le plus vieil ami du roi. C’est un sentiment d’incompréhension, de peur et de trahison qu’exprime Cleitos à travers ce dé-ferlement de paroles haineuses. Il est fort peu probable que l’assassinat de Cleitos soit un acte prémédité et la détresse d’Alexandre semble être sincère. Il a reconnu sur le champ qu’il avait accom-pli un acte monstrueux. Mais il faut quand même justifier le meurtre après la série de condamnations qui se sont suc-cédé peu avant. La faute fut imputée à la fureur dionysiaque. D’abord courroucé par la destruction de Thèbes, Dionysos n’aurait pas pardonné à Alexandre le fait de ne pas lui avoir rendu les sacrifices le jour qui lui est consacré, et en plus de l’avoir remplacé par les Dioscures. Alexandre rend alors à Dionysos ce funeste sacrifice.
Ainsi, le roi macédonien élude en surface cette image de tyran en faisant intervenir la volonté divine et de-vient lui-même, par conséquent, une victime. Il reste prostré dans sa tente à pleurer son ami pendant trois jours sans accepter aucune nourriture, et le fait qu’il soit le frère de la nourrice qu’il chérissait tant, ne fait qu’amplifier sa honte. Ses Hétaires (Compagnons), alors inquiets, le supplient de s’alimenter et finissent par lui faire entendre raison. Pour soulager sa douleur, son entourage va jusqu’à condamner Cleitos et à lui refuser des funérailles, mais Alexandre s’interpose. D’après Arrien, c’est le philosophe Anaxarque qui tente de le consoler en lui soumettant le principe que tous les actes royaux sont forcément justes et qu’ils doivent être considéré comme tels, non seulement par le souverain lui-même, mais aussi par tous ses sujets. Mais la mort de Cleitos, contre toute apparence, apporte un coup supplémentaire au loyalisme et à la franchise envers Alexandre. Il n’est pas étonnant alors de voir succéder de près à cet épisode la conjuration des Pages.
[Sandrine Rinaldi, “Cleitos le Noir”, extrait de Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, sous la direction d’O. Battistini, Laffont, 2004]

 

 

Panorama de la vie d’Alexandre le Grand 5 avril, 2009

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La Chasse comme instrument de la Guerre chez Alexandre le Grand 23 mars, 2009

Classé dans : LA MACEDOINE — barsine @ 11:23

Pour Xénophon, la chasse est l’école de la guerre. Elle apprend, dit-il, à mieux voir et à mieux entendre. Les partisans de cet exercice oublient de vieillir. Traversant en armes des pas difficiles, ils ne perdent point courage, car ils ont l’habitude de la fatigue à la poursuite de la bête. Ils savent, ensuite, dormir sur la dure et se montrent gardiens fidèles du poste assigné. Dans les marches contre l’ennemi, ils sont à la fois capable d’attaquer et d’obéir aux ordres : ils y sont préparés par l’attaque et la prise du gibier. Placés au front de bataille, ils n’abandonnent pas leurs rangs, parce qu’ils ont la force de tenir. Dans une déroute, ils poursuivent l’ennemi, sur toute sorte de terrain : ils en ont l’habitude. En cas d’échec de l’armée, ils savent, sur des terrains couverts de bois, abrupts, ou autres lieux difficiles, se sauver sans honte : la chasse les a familiarisés avec toute espèce de ressources. Plus d’une fois, de pareils guerriers, lors d’une déroute générale de leurs compagnons, voyant le vainqueur égaré sur un terrain désavantageux, sont revenus à la charge, et, grâce à leur courage, ont mis l’ennemi en fuite. Un corps robuste uni à une âme forte sait fixer la fortune…
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La chasse, raconte Plutarque fait partie de la paideia (éducation) d’Alexandre. Dans ses jours de loisir, il sacrifie aux dieux dès qu’il est levé. Il déjeune ensuite assis. Il passe le reste du jour à chasser, à régler quelque affaire militaire, ou bien à lire. Dans ses marches, lorsqu’il n’est pas pressé, il s’exerce chemin faisant, à tirer de l’arc, à monter sur un char, à en descendre en courant avec la plus grande rapidité. Souvent, il s’amuse à chasser le renard ou les oiseaux, comme on le voit dans les Éphémérides (Journaux)… Alexandre est donc prêt pour toutes les formes de guerre possibles. Aussi, à un de ses prisonniers qui lui sert de guide à travers un chemin escarpé – il a indiqué à Alexandre les difficultés de l’itinéraire surtout pour des hommes en armes –, Alexandre peut répondre que ces hommes ne refuseront pas de passer par où il les mènera. Cette initiation est d’autant plus utile que les peuples barbares qu’Alexandre affronte sont eux-mêmes des chasseurs, des guerriers qui pratiquent la ruse et les embuscades. Ainsi, certains Indiens, selon Arrien, sont des chasseurs depuis l’origine. Vêtus de peaux de bêtes qu’ils tuent à la chasse, ils se nourrissent aussi des bêtes sauvages qu’ils ont prises, et dont ils mangent la chair crue.
Ainsi, Arrien raconte comment Caranos, l’Hipparque (Commandant de cavalerie), sans en référer à Andromachos, entreprend de traverser le fleuve pour installer sa cavalerie à l’abri sur l’autre rive. L’infanterie le suit de près, mais elle traverse sans avoir reçu d’instruction, descendant les rives escarpées du fleuve en proie à la peur et sans ordre. Les Barbares, s’étant rendu compte de l’erreur commise par les Macédoniens, se lancent à cheval dans le fleuve et les harcèlent, si bien que, pris de tous côtés dans une situation sans issue, les Macédoniens se réfugient tous ensemble dans une des îles du fleuve peu étendue. Les Scythes et les cavaliers de Spitaménès se placent en cercle autour d’eux et les abattent, comme à la chasse, à coup de flèches…
Diodore de Sicile évoque le peuple des Brahmanes qui enduit ses armes de poison, tels des chasseurs. Le fer des Barbares est recouvert d’une drogue à l’effet mortel. C’est parce qu’ils ont confiance en son efficacité qu’ils ont accepté de livrer une bataille décisive contre les Macédoniens. La drogue doit son efficacité à certains serpents qu’ils chassent et dont ils exposent le cadavre au soleil. La chaleur produite par l’ardeur du soleil liquéfie les chairs, pro-voquant une exsudation, grâce à laquelle le venin des serpents est libéré en même temps que les humeurs. Aussi le corps du blessé s’engourdit-il très vite. Suivent peu après des douleurs aiguës. Des convulsions et un tremblement continu s’emparent de toute sa personne, la peau devenant froide et livide, tandis que de la bile est évacuée par des vomissements. De plus, une noire écume coule de la blessure où la gangrène prend naissance. Sitôt apparue, elle a vite fait de s’étendre aux centres vitaux et provoque une mort horrible. C’est pourquoi la même chose arrive à ceux qui ont essuyé de graves blessures et à ceux qui n’ont reçu qu’une légère égratignure sans importance…
L’affrontement avec les Mardes, aux confins de l’Hyrcanie, raconté par Quinte-Curce, appartient également à l’univers de la chasse. Les autochtones ressemblent à des fauves tapis dans l’ombre que les Macédoniens, devenus chasseurs, tentent de débusquer. Alexandre s’avance accompagné de troupes légères. Il a marché de nuit, et à la pointe du jour il est en présence de l’ennemi. C’est plutôt une scène de tumulte qu’un combat. Chassés des hauteurs dont ils s’étaient saisis, les Barbares s’enfuient, et les Macédoniens s’emparent des places voisines, aban-donnés de leurs habitants. Mais d’épaisses forêts et des rochers inaccessibles défendent le sommet des montagnes, et tout ce qu’il y a de plaines a été fermé par les Barbares, au moyen d’une nouvelle espèce de retranchements. Ce sont des arbres plantés à dessein fort près les uns des autres, dont ils courbent avec la main les branches encore tendres, et à force de les plier, les font entrer en terre. De là, comme d’une racine nouvelle, sortent des souches plus vigoureuses. Mais ils ne les laissent pas pousser au gré de la nature, ils les réunissent en les nouant, pour ainsi dire, l’une avec l’autre, et quand elles se sont revêtues d’un épais feuillage, la terre en est alors entièrement couverte : si bien que l’entrelacement caché des branches, comme un vaste filet, ferme partout la route et l’enveloppe d’une haie impénétrable. Pour les Macédoniens, il n’y a qu’une chose à faire : il faut s’ouvrir un passage à la hache. Mais cela même est une tâche difficile, car les souches sont hérissées de nœuds qui les rendent plus dures, et les branches repliées les unes sur les autres, comme autant de cercles tendus en l’air, échappent aux coups par leur flexible légèreté. D’un autre côté, les habitants accoutumés à se glisser au travers des fourrés, à la façon des bêtes sauvages, se sont enfoncés dans le bois et harcèlent l’ennemi de leurs traits, sans qu’on puisse savoir d’où ils sont partis. Alexandre, comme dans une chasse, fouille leurs retraites et en tue un grand nombre : à la fin, il donne l’ordre à ses soldats d’investir le bois et de s’y jeter, s’ils y trouvent quelque ouverture…
À la mort de son compagnon Héphestion, le roi, cherchant dans la guerre une diversion à sa douleur, part, et se mettant à traquer des hommes comme à la chasse, il soumet la tribu des Cosséens et massacre tous ceux qui sont en âge de combattre : le sacrifice à Héphestion… Dans le paradeisos, en pays perse, au milieu des fastes Barbares, loin de l’univers politique grec, la chasse devient épreuve ordalique. Elle devient hautement symbolique, pouvant même révéler les rituels de passage de l’éphébie. Elle fait, également, resurgir, aux côtés de la pha-lange macédonienne et dans l’univers de la bataille rangée, la guerre homérique, celle des « héros-lions » et de la Dolonie, le combat pour l’aristeia. Le paradis est aussi le théâtre des fulgurantes et décisives innovations tactiques et stratégiques qui ont permis d’adapter les phalangites ou pezhétaires, les cavaliers, et surtout les peltastes et les Hypaspistes (Porte-boucliers), à toutes sorte d’ennemis et à toutes sortes d’affrontements…
Dionysos sur une panthère, mosaïque de Pella.
Par la joute aristocratique qu’elle implique, la chasse est la démonstration de la force et de la valeur de chacun. Alexandre qui combat le luxe dans lequel se complaisent ses Compagnons, leur rappelle que le moyen de rendre leurs victoires durables, c’est de ne pas imiter les vaincus. Dès ce moment, il se livre plus qu’il ne l’avait fait aux fatigues de la guerre et de la chasse, et s’expose sans ménagement aux plus grands dangers. Aussi un envoyé de Lacédémone l’ayant vu terrasser un lion énorme : « Alexandre, lui dit-il, tu as combattu avec beaucoup de gloire contre ce lion pour la royauté. » Son stratège Cratèros consacrera par la suite cette chasse au temple de Delphes. Il y fera placer les statues du lion et des chiens, celle d’Alexandre, qui terrasse le lion, et la sienne le représentant allant à son secours. Elles sont toutes de bronze et ont été jetées en fonte, les unes par Lysippe, et les autres par Léocharès. Au cours de ces chasses, l’homme rivalise donc avec l’animal, mais aussi avec ses Hétaires (Compagnons). L’épisode d’Hermolaos est significatif de cette volonté d’Alexandre d’imposer sa valeur. Ce Page royal, au cours d’une chasse, tue le lion qu’Alexandre se réservait. Le basilikos pais (le Page royal) s’est donc interposé entre Alexandre et l’objet de son aristeia, sa valeur. La terrible réaction du roi et le châtiment qu’il inflige à Hermolaos sont à l’origine de la fameuse conjuration des Pages…
Alexandre, lorsqu’il affronte Darius III, se retrouve dans cet univers de la chasse où rivalise l’aristeia de chacun. Alexandre, pour légitimer son pouvoir, doit cependant combattre loyalement contre le Roi. Tels les guerriers qui, comme le dit Delebecque, pratiquent seulement la grande chasse dangereuse, qui les met face à face avec le fauve, l’épieu en main, loin des ruses et des engins trompeurs. La mètis (ruse de l’intelligence) n’est pas l’apatè (ruse de la fourberie). Lorsque son stratège Parménion, avant Gaugamèles, propose une attaque de nuit pour assurer la victoire, Alexandre refuse : il ne peut accepter cette ruse de la fourberie, cette apatè. Ce stratagème que lui conseille Parménion serait bon pour des brigands ou des voleurs dont l’unique désir est d’échapper aux regards. Il ne permet pas que l’absence de Darius, ou l’avantage d’un défilé, ou une surprise nocturne viennent porter atteinte à sa gloire : Alexandre est décidé à attaquer l’ennemi ouvertement et en plein jour, aimant mieux avoir à se plaindre de sa fortune, qu’à rougir de sa victoire. Il sait d’ailleurs, par ses rapports, que les Bar-bares font bonne garde et se tiennent sous les armes de manière à ne pouvoir être surpris. Ainsi donc, il faut se préparer à la bataille. Darius lui aussi se prépare comme pour une chasse. Il parcourt le front de bataille et prie le Soleil, Mithra et le Feu éternel d’inspirer à ses guerriers un cou-rage digne d’une gloire antique et des trophées de leurs aïeux : les dieux sont du côté des Perses. Ils viennent d’inspirer aux Macédoniens un effroi subit. Le chef ennemi, à la manière des fauves, ne voit que la proie convoitée. Inattentif au piège placé devant elle, il se rue à sa perte…
Après la disparition de Darius, la forme du combat change, l’enjeu est différent. La guerre alors, selon Diodore, devient effroyable. Il ne s’agit plus d’affronter l’ennemi dans une bataille rangée, mais de soumettre des peuples appartenant à un monde sauvage, un monde régi par la ruse et les embusca-des. À partir de ce moment, Alexandre quitte le jour pour le nocturne. La guerre impose alors les lois de la ruse, de l’apatè, révèle des formes nouvelles de combat. Cette imbrication du sauvage dans l’ordre de la cité s’observe dans l’initiation des éphèbes à Lacédémone : le jour, ils vivent cachés dans la montagne et la nuit, ils chassent et égorgent des hilotes comme si c’étaient des bêtes féroces. Les cryptes doivent connaître la part sauvage qui est en eux pour être capable d’intégrer le monde civilisé.
Cette part sauvage d’Alexandre qui crée le thambos, l’effroi – ou émerveillement –, chez les Barbares, est indispensable au maintien de sa domination…
[Olivier Battistini & Sandrine Rinaldi, “La Chasse”, extrait de Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, sous la direction d’O. Battistini, Laffont, 2004]

 

 

La conjuration des Pages d’Alexandre le Grand 17 mars, 2009

Classé dans : LA MACEDOINE — barsine @ 16:51

L’initiation des Pages royaux, basilikoi paides, commence à l’âge de quatorze ans et cela pour une durée de quatre ans. La dernière année d’instruction est une année de pratique et les Pages suivent le roi sur les champs de bataille en tant que gardes du corps et participent aux chasses royales.
Chasse au lion sur une mosaïque de Pella.
C’est au cours d’une de ces chasses qu’Hermolaos, Page d’Alexandre, tue le sanglier que le roi se réservait. Alexandre, piqué au vif, fait fouetter Hermolaos. Ce châtiment aurait dû être sans conséquence puisque c’est une coutume macédonienne de punir physiquement les Pages lorsqu’ils commettent une faute. Mais Hermolaos, qui a 17/18 ans, est blessé dans son orgueil de jeune homme et non plus d’enfant. Il n’accepte pas cette mesure et trouve le réconfort et la compréhension auprès de son amant Sostratos puis d’autres Cadets.
Ainsi huit Pages s’allient à Hermolaos pour monter un complot contre leur roi. Quinte-Curce, Arrien et Plutarque, au-delà de la vexation du jeune Page, soulèvent une rancœur plus lourde à l’encontre d’Alexandre. Viennent de se succéder la condamnation de Philotas et de Parménion, l’assassinat de Cleitos et l’affaire de la proskynèse. L’hypothèse de la mauvaise influence de Callisthène, instructeur des Pages, est émise. L’amertume d’Hermolaos et des autres aurait été façonnée par l’historien du roi. Il aurait dit à ses jeunes adeptes qu’ils devaient maintenant se considérer comme des hommes et que leurs valeurs seraient reconnues en tuant l’homme le plus vaillant .
Il est certain que Callisthène, neveu d’Aristote et pro helléniste, souffre de voir son roi se retourner contre ses plus vieux amis et adopter les mœurs des vaincus. D’ailleurs Quinte-Curce fait de la plaidoirie d’Hermolaos, non pas le discours d’un adolescent blessé dans son estime, mais celui d’un homme, voir même d’un Ancien, fatigué de ces guerres incessantes et humilié par le comportement “asiatique”de son roi. Cependant, exceptés les dires d’Aristobule et de Ptolémée, personne n’a pu mettre en cause la complicité de Callisthène.
Le complot ne fut même pas mis en œuvre. Les conspirateurs devaient d’abord attendre d’avoir un tour de garde ensemble, puis quand arriva enfin ce fameux soir, Alexandre ne rentra pas de la nuit, mais resta jusqu’au petit jour à boire avec ses amis.
Le lendemain, Épiménès, l’un des conjurés, alla se confier à son frère, Euryloque. Toute l’affaire fut alors révélée au roi. Euryloque fut récompensé pour son loyalisme et son frère fut même gracié. Par contre les autres conjurés furent tous condamnés et exécutés par le corps des Pages royaux, chacun faisant durer la souffrance des conspirateurs pour affirmer leur dévouement au roi.
Cette affaire soulève un autre point qui est l’ascendant que possède le roi sur l’aristocratie grâce à l’institution des Pages. Non seulement, comme le précise Pierre Lévêque, ces basilikoi paides « constituent des otages des grandes familles auprès du souverain », mais surtout le roi, d’après la coutume nationale, détient le droit de vie ou de mort sur les parents et les proches des Pages en cas de crimes de ces derniers. Alexandre, probablement conscient de l’image sanglante qu’il traîne déjà derrière lui et du faible moral de l’armée, n’appliquera pas cette règle et maintiendra les privilèges de ces familles.
[Sandrine Rinaldi, “Conjuration des Pages”, extrait de Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, sous la direction d’O. Battistini, Laffont, 2004]

 

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